De l’eau la nuit

Tournée musicale à vélo #2

du 20 au 30 septembre 2021 en Bretagne

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Le duo de l’eau la nuit, réunissant Yves Arques et Gabriel Lemaire depuis 2012,
se lance dans une deuxième tournée musicale à vélo en Bretagne, après celle de 2020 dans la Drôme.

Ces deux amis explorent le son.
Ils cherchent à en extraire une essence, une beauté fragile ou étrange,
un silence.
La musique devient un lieu de connexion à soi et à l’autre,
une expérience méditative.

Un salon, un jardin, une forêt, une église sont autant d’espaces propices au
partage de la musique du duo.
L’écoute peut se faire assis ou allongé, dans l’herbe ou sur un tapis, au lever
du jour, au milieu de la nuit, au soleil de midi.

Tourner à vélo, c’est choisir de prendre le temps.
Prendre le temps de voyager, de rencontrer et de partager. C’est sortir des
sentiers battus, tout en respectant la Terre.

Yves ARQUES objets, percussions                       /                       saxophone, clarinette Gabriel LEMAIRE

Retour sur la tournée à vélo #1

        « En septembre 2020, nous sommes partis avec vélos, sacoches, remorques et instruments de musique sur les routes de l’Isère, de l’Ardèche et de la Drôme. Deux semaines à pédaler et à partager des sons, du silence, des mots, des présences.

         Ce projet de tournée a mûri doucement pendant deux ans. Comment trouver une place en tant que musicien qui soit respectueuse de la Terre, qui permette de prendre le temps de voyager, de rencontrer ?
Comment partager notre musique plus simplement et plus directement ?

       Le choix du moyen de transport s’est porté sur le vélo, d’abord dans le train jusqu’à Grenoble puis sur les routes autour du Vercors. Les « concerts» seront chez l’habitant, dans des habitats partagés et dans des écoles, dans des espaces intimes, où il n’y a pas de scène pour séparer musiciens et public et où chacun peut s’installer comme il le souhaite : assis, allongé,…

        Nous voilà sur la route, engagés sur une tournée de deux semaines autour du Vercors avec 11 étapes : 9 concerts et 4 interventions dans des écoles primaires. Nous parcourons au total 400km avec près de 4000m de dénivelé positif.

       Le rythme de la tournée est intense, avec quasiment chaque jour 10 à 70 km de vélo, de nouvelles rencontres, un nouveau lieu et un moment de musique. Les paysages sont au rendez-vous, avec le Vercors jamais très loin. La météo est assez clémente, malgré quelques averses et une grosse chute de température au milieu de la tournée.

       Nous traverserons les campagnes et nous arrêterons presque exclusivement dans des villages. Nos hôtes nous accueillent avec simplicité et chaleur. Nous découvrons leur « chez eux » et prenons soin avec eux de l’aménagement de l’espace. Ce qui n’était qu’une piste au départ sera finalement un choix assumé : à chaque concert chez l’habitant, nous nous installons au sol au centre de la pièce, des coussins, tapis, chaises et fauteuils disposés tout autour, en conservant la cithare préparée plutôt que les quelques pianos droits rencontrés. Nous partageons aux personnes présentes quelques mots avant de jouer au sujet de la tournée, pour les inviter à s’installer confortablement, et pour leur dire aussi que ce temps de musique sera improvisé et calme.

       L’écoute est là, parfois très présente, parfois plus diffuse. Nous nous aventurons plus d’une fois aux confins du silence. Nous portons une attention particulière au geste musical, à la respiration et nous nous questionnons sur la place de la volonté dans l’improvisation.

       Ces moments musicaux se clôturent très souvent par un long silence partagé. Les applaudissements sont rares, comme pour préserver l’atmosphère présente alors. S’ensuit des mots avec les personnes présentes. Ces partages sont riches, si bien que dès le premier soir nous mettons en place un livre d’or.

       Notre parcours nous mène également dans des écoles. Les enfants sont curieux, attentifs, à l’écoute. Nous échangeons avec eux aussi bien sur la démarche écologique de la tournée, que sur la musique, l’improvisation, l’écoute. C’est un grand bonheur !

       A vivre cette tournée et à échanger avec les personnes croisées sur notre chemin, nous réalisons que notre façon de tourner, les espaces dans lesquels nous jouons, la musique que nous proposons, forment semble-t-il une globalité. La dimension écologique rejoint celle artistique, pour devenir politique et philosophique : en lenteur, dans l’échange. »

 

De l’eau la nuit

Premier album sorti en février 2015 sur la Tricollection et disponible ici

 

« De l’eau, la nuit…

L’eau qui se tait, ou s’exprime. La pluie sur l’eau étale. Clapotements, bulles, flux et reflux. Gouttelettes et leurs ondes. Vagues à lames. Courants et perles, de la source à l’océan.

Et la nuit, qui porte ces sons.

Je ne sais plus trop finalement si ce disque est beau parce qu’il est triste ou s’il irradie parce qu’il est sombre. Alors, pour ne pas trop me tromper, j’évoque.

J’évoque ces souffles, très présents, qui parfois se timbrent pour laisser émerger des mélodies de lune. Ces cris qui déchirent le silence et ces sons qui naviguent, dans une fausse anarchie, d’une octave à l’autre pour libérer quelques harmoniques, quelques notes vibrantes. Ces sons magnifiques essaimés d’un geste retenu pour ne pas les gâcher par l’abondance.

J’évoque ces accords, suspendus et diaphanes, qui fendent l’espace en rayons obliques. Ces bruits étrangers, de métaux contre les cordes ou de bois contre le coffre, ce piano vu de haut, envisagé comme un tout.

J’évoque ces conversations, intimes et ouvertes, au long desquelles deux musiciens font fi de la brillance et lui préfèrent le risque, débarrassent leurs échanges des matières superflues pour mieux en révéler la hauteur.

Il y aurait tant à dire mais cela aboutirait à si peu de vérités… Peut-être faut-il à un moment s’effacer, non par manque d’intérêt, mais par respect pour une musique, aussi belle qu’exigeante, qui peut s’enorgueillir, à force de libertés, de ne pas se laisser facilement croquer.

Ces précieux instants musicaux sont présentés dans un écrin de carton, une pochette avec quatre battants, maintenus par un ruban, qui renferme le disque et deux feuillets de papier granuleux et odorant. Tout cela est d’une intrigante beauté. »

Olivier Acosta, Mozaic Jazz